Retour à la Citadelle
20 mai 2026
Lorsque j’ai découvert l’an passé, à une dizaine de kilomètres de la maison, cet immense terrier qui comporte plus de quarante gueules, j’ai vraiment cru être arrivé au Paradis des blaireaux. Le lieu, pourtant, n’a jamais tenu ses promesses, puisque je n’y ai jamais vu en affût le moindre blaireau et que les caméras posées n’ont filmé que deux individus. J’avais fini par me lasser de ce lieu trop proche des maisons, de la route, de la plaine, trop bruyant, trop glissant et trop étouffant. L’espoir de revoir des blaireautins ce printemps m’a poussé à y retourner. Il y a une chose, cependant, à laquelle je ne m’attendais pas du tout : ne pas réussir à retrouver la piste du terrier. Je passe et repasse sur la route, m’engage en ruisselant dans le sous-bois mais ne reconnais rien. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes que je prends conscience qu’une partie des arbres qui entourent l’un des pylônes de la ligne à haute tension qui passe ici ont été coupés. Tous mes repères ont disparu. Le terrier existe-t-il encore ?
Je traverse tant bien que mal les ronces et les orties, descends la pente, retrouve une sente qui me fait traverser d’autres ronces, d’autres orties, et m’amène enfin au terrier. Tout est intact, mais la lisière s’est rapprochée et il y a davantage de lumière. Je repère des travaux de terrassement récents, des traces d’activités, et accroche en hauteur une caméra qui me confirmera bientôt la présence d’au moins un blaireau – non pas un blaireautin mais un bel adulte gris-brun à la queue bien fournie qui fourrage dans la lumière crépusculaire.
Rien n’a changé, à la Citadelle : l’explosion démographique n’a certes pas eu lieu, il n’y a vraiment que dans les pamphlets de la Coordination rurale que les blaireaux « pullulent », mais cet individu assure la permanence.

