Journal d’un biophile, mai 2026

 

Tombeaux du renard et du geai

 

 

23 mai 2026

Il n’y a plus que deux renardeaux au terrier des Chèvres, dont celui à la queue de genette. Est-ce à cause de la chaleur revenue ? Est-ce la dispersion naturelle ? Les quatre autres ont-ils été tués par des prédateurs, des collets ? Sont-ils ailleurs, quelque part dans les bois, dans un autre terrier ? Voici en tout cas dans l’herbe des touffes de poils blancs mêlés de quelques roux qui témoignent, sans doute, d’un drame qui s’est joué ici au profit on suppose d’un rapace, et aux dépends de l’un des renardeaux – le printemps est cruel, puisque qui dit plus de vie dit davantage de mort.

Plus loin sur une souche, un geai a délaissé la totalité de son plumage, au profit peut-être d’un renard ou d’une chouette. On accuse trop souvent les geais d’être des pilleurs de nids, des prédateurs de passereaux, ce pourquoi les chasseurs les tuent (comme ils tuent tous ceux en qui ils voient de possibles concurrents). Parfois, souvent, pourtant, le prédateur devient la proie. Celui-ci a été scrupuleusement plumé sur une souche où est resté tout son plumage, formant une stèle naturelle ornée de toutes les plumes brunes, blanches, grises ou irisées de ce bleu ciel si attirant qu’il donne chaque fois l’envie de les prendre pour en faire un bouquet. Cette fois, on laisse tout en place, car c’est un monument funéraire en mémoire du geai prédaté, que cette souche-là.

 

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