Journal d’un biophile, mai 2026

Farandole animale

 

 

16 mai 2026

Sur la sente montagnarde au-dessus du village où la caméra capte jour et nuit les farandoles animales, le temps s’écoule par saccades, ralentis et brusques accélérations, au gré des aléas de la météo (avril semblait juin, la mi-mai nous ramène en hiver). Les silhouettes se suivent et ne se ressemblent pas, chacune avec son allure propre. Voici le blaireau qui glisse lentement, souplement, furtivement, museau au sol, marque toujours au même endroit, aspire un ver de terre, trottine jusqu’au hors champ. Puis soudain c’est le jour et un écureuil surexcité déboule, bifurque, repart, quelle mouche l’a piqué ? La nuit revient et le blaireau avec, suivi par un petit chevreuil très occupé, un renard en maraude, une ondoyante martre, un deuxième renard qui porte haut sa queue gonflée comme un ballon de baudruche… À contre-sens surgit la procession de deux laies qui encadrent huit marcassins, et l’on dirait une sortie d’école maternelle. Pourquoi la biche dégingandée au museau démesurée évoque-t-elle tant le dromadaire ? L’animal qui la suit n’est pas un jeune cerf mais, c’est évident, un girafon, et ces deux égarés s’attardent sur le sentier… Le chamois, en revanche, ressemble à un chamois, si ce n’est que son poil en mue surexposé parait d’une blancheur anormale, un albinos, pourrait-on croire ! Il s’en va tranquillement en remuant de la queue, aussitôt remplacé par le renard, le blaireau, un sanglier noir, le blaireau sous la pluie, la martre qui triche sur le parcours en escaladant la falaise, deux autres sangliers, un nouveau cerf dont les bois qui repoussent ressemblent à deux enclumes, un chevreuil dans la tempête, une autre martre, et deux ultimes chevreuils qui passent sous la tonnelle dentelée des jeunes feuilles brûlées par la neige de mai.

 

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