Flânerie d’automne

1er septembre 2026
C’est le temps des flâneries d’automne qui semble revenir. Il fait grand clair mais l’air ne pèse plus. Tantôt j’ai ramassé quelques rosés des prés, une poignée de girolles sèches, deux cèpes. Dans les bois les mésanges babillent de nouveau, grimpereaux et sittelles s’affairent. Ça sent le cerf dans ces fourrés, ça sent le chat, le renard repu et la martre, ça sent la vie. Une tronçonneuse pourtant mugit au loin, rappelant les menaces…
Au temps troublé des catastrophes comme en celui simplement entravé du retour au travail, la biophilie peut être la main courante à laquelle on se tient pour descendre sans glisser la pente raide qui conduit à l’hiver. C’est peu de choses, juste un appui, le temps de s’arrêter devant une toile en forme d’entonnoir dans la mousse du talus pour apercevoir l’araignée, puis de tenter de faire l’inventaire de ce qui vit alentour : on s’aperçoit que c’est sans fin, qu’on est tout à fait dépassé et que c’est bien ainsi.
Je m’arrête, je renifle, je tourne en rond, je tends l’oreille. J’oublie beaucoup, je me souviens un peu — ces fleurs violettes qui forment une ligne discontinue au centre d’un toboggan de feuilles vert vif sont des gentianes à feuilles d’asclépiade, par exemple, j’ai fini par retenir ce nom, et puis je reconnais le chant répétitif, interrompu, de la mésange noire, la stridulation du pic noir, le pépiement sec et sonore de la sittelle…
Je bois avec les chiens au nant du Feu de Joie qui nous relie, là-haut, au pays des chamois qu’on a hâte de rejoindre. Je marche vite. Je ne souffle plus qu’un peu de vapeur, et plus un mot.
