Journal d’un biophile, septembre 2026

 

Une bredouille heureuse

 

 

10 septembre 2026

Partir à l’improviste à l’heure dans la montagne ou la forêt à l’heure où chacun rentre chez soi, parce qu’on a par chance été libéré plus tôt que prévu d’une réunion ennuyeuse, est l’un des grands plaisirs de l’existence. J’arrive à l’heure au rendez-vous du couchant, au col de Champlaurent. La folle des lieux est embusquée devant chez elle à la façon d’une araignée au bord de sa toile, et me filme, ou fait mine – seul signe menaçant, pathétique, qui trouble à peine la paix du soir. Les proies, je veux dire les passants, doivent être ici assez rares, je la salue et poursuis mon chemin.

Le clocher du Pontet sonne sept heures. Je marche vite sur la piste forestière encore détrempée, attentif aux signes qui pourraient révéler la présence des cerfs. Ici ou là le sol a été retourné par les sangliers, et l’on voit quelques belles coulées. Bientôt je m’embusque et j’attends.

La hulotte ne chante pas. Aucun cerf ne brame. Aucune bête ne se montre – hormis, au retour, quelques chevreuils.

 

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