Au pied de mon chêne

7 septembre 2026
Adossé au grand chêne pleureur au crépuscule d’une journée encore caniculaire pendant laquelle on a, dit-on battu de nouveaux records de températures, je regarde à travers les branches ce qui passe, ce qui vient. L’air est si chaud qu’on pourrait se croire en plein été, si le jour ne déclinait si vite. Je ferme les yeux, fatigué par cette lumière blanche et ces contrastes trop violents. Grincement monotone d’une branche. Cri d’un pic.
Bientôt un beau chevreuil cuivré sort du bois et vient brouter non loin du chêne – c’est le bruit de ses dents qui m’a sorti de ma torpeur. Il ne me voit pas. Il ne me sent pas. Je ne bouge pas. Je n’existe pas pour lui, et je m’efforce de ne pas exister du tout. Puis tout ternit très vite, tout s’obscurcit et bascule à nouveau dans une longue rêverie d’éternel été dont seul l’aboiement d’un chien finit par me tirer.
Le chevreuil est toujours là, de moins en moins visible. La branche sèche qui relie le chêne au sol grince encore. Le chevreuil s’avance vers moi – ne pas le regarder directement mais en visant dans le grand flou sombre à côté reste la meilleure façon de continuer à le voir. Je ne bouge pas…
