Journal d’un biophile, septembre 2026

Le sixième crâne

 

 

8 septembre 2026

Je repars sur le chemin tiède qui sent la résine. Ici ou là entre les fougères luisantes ou les tapis de mousse sèche, les champignons tentent de timides percées, encouragés par une très brève averse nocturne. Qu’importe, les rhizomes de leur vraie vie souterraine continuent de courir entre les arbres.

Tout à l’heure au terrier de la Persévérance, les deux biches et le faon se sont enfuis à mon arrivée, pas trop vite d’ailleurs si bien que j’ai eu le temps de les regarder. Avant-hier en montant au Grand Chat on a entendu par deux fois le cerf bramer. L’été caniculaire a beau se prolonger, l’automne avance.

Tout autour de l’aire d’agrainage qui prépare le ball-trap des bêtes cynégétisées, ça sent fort le cochon et l’urine. Le premier piège que je relève n’a capturé que les images de leurs va-et-vient, mais le chat forestier n’est pas repassé.

À la bifurcation que j’atteints en ruisselant, je constate que la végétation a recommencé à pousser, et dans la terre amollie les trous de fouille des blaireaux sont nombreux. Il y a de l’eau qui coule du petit nant qui traverse le chemin, des bolets orangés qui poussent près des fougères et des odeurs de fauve chauffées par le soleil. Plus haut le deuxième piège se trouve à découvert, le cache enlevé gisant au milieu du sentier : un renard est venu quelques heures à peine après que je l’ai installé, et l’a ainsi neutralisé car, en arrachant le camouflage, il a laissé de la mousse devant l’objectif. Je n’aurai d’autre image que celle d’un museau moustachu que j’ai fini par identifier comme étant celui du renard, et des passages d’humains qui, très étrangement, n’ont pas prêté attention au piège pourtant tellement visible. Je rentre bredouille, mais pas découragé, après avoir replacé la caméra sur un arbre en hauteur.

Un grand vent chaud entre-temps s’est levé. Les nuages s’amassent sur les crêtes, annonciateurs d’un orage qui n’éclatera sans doute pas. Je change de versant pour retourner vers le terrier de la Dispersion. Je suis de nouveau la sente qui y conduit, pendant qu’au-dessus de ma tête le grand vent mugit et la forêt tangue. Je constate sans surprise mais avec soulagement que le terrier est bien habité par deux blaireaux, je déplace une des deux caméras puis je quitte au plus vite les lieux – en emportant tout de même le trésor d’un nouveau crâne complet, mon sixième, excavé depuis peu, qui avait roulé dans la pente : ce signe de mort est signe de vie, puisqu’il signifie que l’intérieur du terrier a été nettoyé…

Ces blaireaux – j’ai d’abord cru, ou espéré, que l’un d’entre eux était Prudence, mais un examen plus attentif me permet de reconnaître Plume et Spatule, le duo (ou le couple) du terrier de la Renaissance, dont j’ai donc bel et bien trouvé le terrier principal. Ils partagent le terrier avec un loir, des mulots nombreux, ainsi que des chauves-souris qui passent et repassent devant la gueule du bas que les blaireaux, en revanche, ne semblent pas occuper.

 

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