Journal d’un biophile, juin 2026

Aux terriers échoués

 

 

Ô châteaux échoués et qu’on ne hante plus
Les saisons, les années, que tout cela dérive…

Jean Vasca

Terrier du Grand Creux, 2 juin 2026

Il n’y a plus de renards aux terriers des Chèvres, de la Souille et du Grand Creux, ce dernier déserté à son tour. Un merle, un pic épeiche, une grive musicienne sautillent sur la souche qu’escaladaient les renardeaux – le poste est idéal pour surveiller les alentours et parfois lancer un chant, mais même les chants se font rares. Un écureuil descend à toute vitesse le long du tronc qui barre le replat où se déroulaient les siestes et les jeux, puis il bondit dans la mousse, se saisit de je ne sais quoi, repart en sens inverse. Un brocard superbe à la robe orangée – la mue est terminée – passe à son tour et jette un œil devant l’entrée où un faon fut posé et dévoré tantôt, mais il ne le sait pas.

Voici pourtant qu’un renardeau esseulé revient sur ces lieux comme on revient au village natal. Il regarde la gueule mais n’y pénètre pas. Il semble s’étonner de ne trouver personne, puis s’en va en courant. J’enlève alors la dernière caméra et, moi-même, fait la tournée des terriers délaissés, avec la nostalgie qu’on éprouve quand on regarde des photos de vacances et d’enfance.

Je continue pourtant de suivre la croissance des renardeaux qui viennent chaque jour, chaque nuit, s’abreuver ou jouer à la mare, qui passent souvent aux terriers des blaireaux ou que je croise dans les prés : il sera, de fait, encore question de renards ce mois-ci.

 

Ce contenu a été publié dans Biophilie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.