Campagnol aux fraises dans le « jardin extraordinaire »

Le Villard, 11 juin 2026
Depuis quelques nuits, mes voisins constatent qu’un quidam vient cueillir leurs fraises mûres, n’en laissant derrière lui que les calices proprement nettoyés. Qui peut-ce être ? Où peut-il être ?… Ce ne sont pas des avares du genre à crier « au voleur ! » à tout bout de champ, mes voisins, mais ils aimeraient savoir. Un travail aussi précis n’est-il pas le signe que le coupable est humain ? « Est-ce qu’un blaireau agit ainsi ? », me demande Cédric. – Eh bien, le blaireau, quand il s’attaque aux vignes, fait preuve de délicatesse, et il aime beaucoup les fruits, mais pour les fraises je n’en sais rien… On installe donc une caméra.
Il n’est pas encore minuit quand arrive un des renardeaux de cette année, qui a déjà bien grandi. Serait-ce notre voleur ? Il traverse prudemment l’herbe rase, fait des tours et détours, bondit pour gober un insecte, puis disparait sans avoir touché aux fraises. Une heure plus tard, il mulote à nouveau dans le jardin et effectue le même tour, sans s’approcher davantage des fraises.
La nuit suivante, c’est encore lui qui se livre aux mêmes sauts en cloche typiques de son espèce, sans trop de succès semble-t-il. Mais cette fois-ci, comme frappé par une idée, un souvenir, une odeur, le jeune goupil effectue un virage… Museau en avant, il pose les pattes sur l’un des blocs où sont plantés les fruits, tend le cou et commence à manger : c’est donc bien lui ! Après avoir cueilli une fraise probablement plus grosse que les autres, il s’écarte, puis revient, grimpe, cueille, se détourne, avale en mastiquant bruyamment, repart à l’attaque, on ne voit plus de lui que ses grandes oreilles qui dépassent des fraisiers et ses deux yeux que la lumière infrarouge fait briller, puis il vient finir de mâcher au pied de la caméra. Quatre heures plus tard, il revient à nouveau satisfaire sa fringale avec les dernières fraises rescapées.
Deux nuits plus tard, il ne reste plus de fraises mûres – les seules qu’il consomme – dans le jardin de mes voisins, mais notre renard revient tout de même pour profiter, cette fois, des campagnols que Cédric chasse et lui laisse. C’est véritablement un « jardin extraordinaire » que ce jardin, se dit-il en chantant du Trenet ! Il tourne, il s’attarde. Un chevreuil dans le bois lance son aboiement rauque qui ne l’alarme pas.
