Journal d’un biophile, juillet 2026

On a re-trouvé l’Espérance !

 

Simba la blanche, au terrier de l’Espérance…

 

14-15 juillet 2026

Le terrier des Hérissons où je me rends aujourd’hui, l’Écureuil a proposé de le rebaptiser terrier de l’Espérance : les blaireaux n’étaient en rien responsables de la présence de trois cadavres de hérissons sur le chemin, ce nom provisoire prêtait à confusion, et le terrier en question – riche de nombreuses et vastes gueules – est celui où j’espère retrouver Vara, qui est peut-être cette grosse blairelle filmée à plusieurs reprises le mois dernier (plutôt que d’espérance, peut-être faudrait-il d’ailleurs parler d’imagination : je m’imagine que c’est Vara qui, après avoir quitté le Commencement, est venu s’installer ici, à trois ou quatre kilomètres, où elle aurait à nouveau donné naissance à un ou deux blaireautins, car les mamelles de cette blairelle sont encore apparentes). Ce choix est audacieux et même, risqué : si je ne trouve que gueules désertes et cartes presque vides, ne faudra-t-il pas envisager d’opter pour la Déception ?

Ce ne sera sans doute pas nécessaire. D’abord, je constate que les baguettes ont disparu sur trois des gueules de l’esplanade, malheureusement non surveillées – signe possible de visites. Ensuite, la gueule devant laquelle j’ai trouvé tantôt un beau crâne complet est bel et bien occupée par deux blaireaux : la très grosse, que je pense être Vara (un ventre pareil, je n’en ai encore jamais vu chez les autres blaireaux !), ainsi qu’un individu plus frêle avec une tâche claire sur le haut du dos qui peut être un jeune de l’année, et qu’après bien des détours je choisis de nommer Simba (certains détails me laissent supposer que c’est une blaireautine, mais on atteint ici un haut degré de spéculations…). J’en profite pour nommer Kurba le troisième individu que j’ai pu observer sur ce terrier, et dont la queue arquée m’a marqué (si j’ose dire): Vara, Simba, Kurba, cela constitue un cadre, des repères qui vont orienter la lecture des images, des hypothèses à vérifier. J’ai cependant bien trop peu d’images, sur quelques soirs seulement, car ce sont d’autres gueules ensuite qui ont été utilisées, dont une devant laquelle j’ai mis une caméra. Une fouine est passée également au terrier, ainsi que des chevreuils, des renardeaux. Tout cela est prometteur, mais à confirmer.

En repartant, un jeune couple sympathique qui se promène sur le chemin avec leur petite fille m’aborde : Mathilde – qui fait une thèse en ethnobotanique et que j’aurais dû reconnaître, puisque nous étions tous deux intervenus pendant une soirée organisée par l’espace Belledonne à La Rochette, et Olivier. Ils me questionnent à propos des blaireaux, je parle du travail en cours, et Olivier m’indique l’emplacement d’un terrier non loin de celui de l’Espérance : en descendant la D207 vers Presle, il faut compter deux maisons après l’abribus, prendre le chemin à droite, faire une cinquantaine de mètres, aller à gauche en direction du Gelon : le paradis des blaireaux est au bout !… Et si le terrier de l’Espérance n’était en fait qu’un terrier secondaire appartenant au même clan, qui occuperait en ce moment cet autre terrier ? Il faut aller voir urgemment… 

Dès le lendemain, l’Écureuil et moi partons à la recherche du nouveau terrier. On suit le sentier indiqué, qui se prolonge en sentes bien marquées. On descend la pente raide qui mène jusqu’au Gelon. On se sent particulièrement confiants, ce jour-là, et heureux d’explorer cette partie du bois que je ne connais pas, mais où Alexis est venu très souvent. Ce trou au pied d’une souche n’est pourtant pas une gueule, et le crâne que je trouve en contrebas est celui d’un chevreuil, mais il y a un peu partout des traces de fouilles qui ne trompent pas : nous sommes sur le territoire des blaireaux. On se sépare pour mieux chercher. On trouve encore ici ou là des gueules inoccupées, abandonnées, et des traces, partout, mais toujours pas de terrier.

En désespoir de cause, on revient sur le sentier de départ et, comprenant qu’on était descendus beaucoup trop loin, on s’engage cette fois sur un chemin à blaireaux si bien marqués que l’issue ne fait aucun doute : le terrier est au bout. Tout comme lorsque Alexis avait suivi la piste du terrier de l’Espérance, on voit que la trace passe sous les troncs abattus. On hâte le pas, plein de confiance et d’espérance.

D’espérance. C’est que, justement, nous y sommes, au terrier de l’Espérance ! On rit beaucoup de cette redécouverte pas si vaine, puisqu’elle nous a permis d’explorer le territoire de cueillette des blaireaux, de trouver leurs latrines en passant et de mieux comprendre ainsi leur façon d’occuper leur territoire.

J’en profite pour relever les caméras posées la veille, et constate avec joie que j’ai bien trouvé la bonne gueule, celle qui est occupée par Simba-au-dos-blanc. Est-elle vraiment une jeune blairelle ? Rien dans son attitude n’évoque la blaireautine, et je remarque qu’elle a elle-même excavé le crâne que j’ai trouvé et occupe seule cette gueule, mais une scène où on la voit le mois dernier avec Vara (?) appuie un peu cette hypothèse. J’espère… que les nuits à venir me permettront d’en savoir davantage.

 

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