Journal d’un biophile, juillet 2026

Une hermine

 

Hermine en été au bord du Gelon.

 

4 juillet 2026

Comme Alexis se souvient des circonstances de chacune de ses photographies, je pense pouvoir me rappeler de chacune de mes rencontres avec l’Hermine, parce que c’est un mustélidé d’une vélocité sidérante qu’il est relativement rare et toujours fascinant d’observer, et parce qu’elle est toujours associée à des moments heureux (mon point de vue, en cela, diffère évidemment de celui des rongeurs ou des taupes qui sont à son menu): randonnées en montagne, réveils après un bivouac (elles se montrent souvent curieuses), marches le long du torrent – celle qui, faute de mieux, illustre cette page, a été filmée par une caméra automatique placée au bord du Gelon l’été dernier.

Celle que j’ai croisée aujourd’hui me restera aussi en mémoire, mais sans aucune joie. Je roulais lentement sur la D207, lorsque j’ai vu un très jeune individu qui tentait en vain d’escalader le muret qui bloquait sa traversée de la route. Elle sautait, retombait, courait dans un sens puis dans l’autre… Je me suis arrêté et j’ai mis les warnings pour éviter que la voiture qui me suivait ne percute le mustélidé paniqué. La jeune hermine s’est figée entre le mur et la voiture dont la fenêtre était ouverte, et m’a regardé dans les yeux. Ce n’est pas tous les jours qu’une hermine vous regarde ainsi, longuement, intensément. Je n’ai pas pu m’en réjouir, car il y avait bien sûr dans son regard une peur absolue, assez universelle : celle d’être tué. J’aurais eu le temps de sortir l’appareil et de la photographier, prolongeant son supplice et gardant une trace de sa terreur. Je ne l’ai évidemment pas fait, et suis parti dès que la voiture qui me suivait m’a eu dépassé, après m’être assuré qu’aucune autre n’arrivait. J’ai vu dans le rétro la jeune hermine contourner enfin le muret et rejoindre les buissons.

 

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