Troubles at the Beginning’s Burrow

Courage le Magnifique, juste après avoir chassé un intrus, remonte sur le perron de la gueule 3…
14 juillet 2026
Mais que se passe-t-il à la fin au terrier du Commencement ? Certains faits me laissent penser qu’il y a de la tension dans l’air (et sous terre), et peut-être un drame (que le visionnage répété des vidéos laisse deviner, mais je sais plus que jamais à quel point il faut se méfier des interprétations…).
D’abord, les horaires de Courage et sa façon d’occuper l’espace ont changé radicalement depuis la nuit du 8 au 9 juillet, avec un certain nombre de sorties diurnes et des matins où il s’attarde jusqu’à neuf heures et semble sur le qui-vive, toujours prêt à aller voir ce qui se passe, qui passe, renard ou même… humain. Cela n’était encore jamais arrivé ainsi. Au soir du 7 juillet, il était encore avec Prudence, comme d’habitude, mais à l’aube il était seul et s’est tant attardé qu’il se trouvait à l’extérieur quand je suis arrivé. Par la suite, il n’a cessé de sortir à tout moment, faisant demi-tour pour se diriger vers un renard qui passait au loin. Ce matin, comme j’arrivais tardivement et discrètement pour récupérer les cartes de la caméra, un blaireau qui était peut-être lui ou peut-être pas (car il n’a pas été filmé par les caméras du terrier) se trouvait sur l’esplanade et s’est enfui en passant sous le grand châtaignier abattu au lieu de regagner le terrier protecteur. Peut-être un intrus, me suis-je dit, avant de m’éclipser au plus vite. Peut-être aussi la présence d’un loup, qui venait de passer furtivement, l’a-t-elle perturbé (c’est un prédateur potentiel) – mais dans ce cas, partir dans les bois au lieu de rentrer dans la gueule qui se trouvait juste à côté de lui était une stratégie surprenante.
Je remarque ensuite que lorsque Courage rentre au terrier à l’heure où, en principe, un blaireau va dormir, en ressort bien vite et se met à gratter la terre assez frénétiquement, pour capturer semble-t-il des insectes ; après quoi il disparaît souvent sur le sentier.
Il y a enfin un événement tout à fait remarquable qui s’est produit le 12 juillet. Ce jour-là, à 17h39 très exactement, Courage déboule à toute allure par le haut de l’esplanade (il était donc dehors en pleine journée), passe en trombe devant la gueule 3, puis on entend pendant une vingtaine de secondes des hurlements furieux qui semblent accompagner un combat. À l’image on ne voit que la poussière qui monte dans les rets de lumière filtrée par les grands arbres. Est-ce un blaireau qu’il a ainsi chassé ? Je soupçonne en effet un troisième larron non identifié, peut-être celui de ce matin, d’être passé à un moment où, d’après les images, Prudence et Courage étaient tous deux à l’intérieur. Était-ce un goupil ? Un autre matin, Courage s’apprêtait à regagner le terrier en descendant l’esplanade quand il a soudain fait demi-tour pour se diriger vers un renard qu’on voyait passer tout au fond de l’image sur le sentier…
Il est possible que tout cela soit lié à la disparition de Prudence, que je n’ai pas vue non plus au terrier du bas, dit terrier du Renouveau – où Courage en revanche s’est rendu. Je n’observe sur les trois autres terriers ni fouilles frénétiques, ni manifestation d’agressivité territoriale, ni sorties diurnes aléatoires, ni modification de la composition des groupes.
Ce que je vois est-il en rapport avec la canicule et la sécheresse qui se prolongent ? Courage est-il affamé ? Pour vérifier cette hypothèse, je disperse en forêt sur un lieu de passage habituel des blaireaux un seau de prunes du jardin, et place une caméra. Les deux premières nuits, seul un renard passe brièvement, sans manifester d’intérêt particulier pour ces prunes anormales tombées d’un châtaignier, ce qui tend à montrer tout de même que les blaireaux ne sont pas si affamés que cela – ou simplement prudents… Des latrines trouvées plus tard de l’autre côté de la route et qui débordent de crottes fraîches et pleines de noyaux montrent par ailleurs que les blaireaux n’ont évidemment pas eu besoin de mon intervention pour trouver des pruniers accessibles.
L’hypothèse que je considère comme la plus vraisemblable, à en juger par la relecture attentive des vidéos et le recul de deux semaines supplémentaires, est que l’attitude inhabituelle de Courage est bel et bien liée à la disparition de Prudence, qu’elle soit liée à un accident ou à un acte volontaire de dispersion (Prudence, en effet, s’absentait assez régulièrement, ce qui semble souvent précéder les déménagements). Courage est seul, alors qu’il ne l’a jamais été. Pour un être aussi sociable que le blaireau, n’est-ce pas pire que la faim ?
