Journal d’un biophile, juillet 2026

 

Le pic mar

 

Pic mar se nourrissant à la base d’un épicéa.

 

Terrier de la Persévérance, 8 juillet 2026

Les trois blaireautins de la Persévérance débordent toujours d’énergie, n’hésitant pas à sortir en pleine journée et changeant très souvent de gueule – l’activité cette fois s’est déportée sur les hauteurs du terrier. La surveillance du lieu est cependant aussi l’occasion de rencontrer d’autres habitants plus ou moins inattendus : la laie et ses quatre marcassins qui pasent, repassent et grandissent un peu chaque fois, l’écureuil acrobate, le chevreuil, la biche… et le pic mar (Dendrocoptes medius).

J’aime tous les pics et ne recherche pas spécialement la rareté, mais cela faisait un moment que j’espérais le voir, celui-ci – plus encore que le superbe pic noir, qui est un hôte plus habituel des forêts alentour ! Je l’avais observé fugacement une seule fois au Villard et j’avais enregistré son chant, mais je n’avais jamais eu de preuve vraiment irréfutable de sa présence. L’aire de répartition originelle de ce pic légèrement plus petit que le pic épeiche est en effet située plus à l’est, en Europe centrale, mais se trouve en expansion depuis deux décennies. Inféodé aux forêts de feuillus anciennes, il se nourrit d’insectes prélevés dans l’écorce grossière des chênes ou des vieux châtaigniers, mais je constate sur la séquence filmée que celle de l’épicéa lui convient également.

Un simple coup d’œil suffit à le différencier du pic épeiche : l’absence de rênes noires laisse la face pâle et nue, mettant en évidence le petit œil sombre et la calotte d’un joli rouge vermillon, le tout lui conférant un air qu’on dirait volontiers naïf, touchant, sans la sévérité des autres pics. Campé à la base des deux grands épicéas sous lesquels les blaireaux ont creusé leur terrier, il monte et descend avec l’habileté d’une sittelle, tout en donnant sur le tronc écaillé de solides coups de bec. Comme le dimorphisme sexuel est particulièrement peu marqué, il m’est impossible de savoir s’il s’agit d’un individu mâle ou femelle, mais je sais désormais que ce sédentaire habite les lieux et, au printemps prochain, guetterai les loges alentour avec d’autant plus d’attention.

 

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