Entre chien, loups, biches & blaireaux

Terrier de la Persévérance, 24 août 2026
La vie n’est plus si tranquille au terrier de la Persévérance, depuis qu’un grand chien de berger livré à lui-même vient régulièrement harceler les blaireaux. Il ne fait aucun doute qu’il en a après eux, car il passe exclusivement à leur heure de sortie du soir. Il n’essaie pas de creuser, il ne risque pas son museau dans les gueules du terrier, mais il a dû réussir une fois ou deux à leur courir après et le jeu l’a sans doute amusé. Parfois je vois les blaireaux se cacher avant son arrivée, parfois il déboule sans qu’ils se soient encore montrés, mais chaque fois c’est l’heure de sortie qui s’en trouve retardée. J’assiste, impuissant, à ce dérangement.
Ce soir-là, cependant, se déroule une scène qui me ravit. Voici notre toutou débonnaire autant que dérangeant tapi sur la terre battue du perron, comme s’il voulait jouer, dormir ou s’enterrer, ou plutôt comme s’il était en train de guetter quelque animal : il y a en fait juste en-dessous de lui deux biches et un faon, et le chien ne sait trop comment réagir. Les biches aussi semblent circonspectes. L’une d’elles s’avance du canidé, qui recule, s’en va, puis revient. Après un moment de concertation, les biches décident de faire ce qu’il faut faire : le chasser. Elles s’avancent, j’aurais aimé qu’elles fussent des cerfs pour terroriser un peu mieux le cabot, qui fuit cependant et ne revient plus ce soir-là (il reviendra pourtant le soir suivant). Les trois blaireautins ne se montrent pas, la blairelle risque un museau… puis s’empresse de rentrer.
C’est que voici maintenant une autre visite, pire encore du point de vue des blaireaux : deux loups, au moins (il est possible que d’autres soient passés hors-champ) passent au terrier, un individu tout fin qui est peut-être une femelle ou un subadulte, un autre plus massif qui doit être le mâle. Les loups peuvent ponctuellement s’en prendre aux blaireaux, comme en atteste au moins une vidéo dans laquelle on voit une scène de traque entre deux loups et un blaireau qui tente de s’échapper (je ne sais s’il y est arrivé mais cela semble peu probable) ; ce soir-là, ce ne sont pourtant pas les mustélidés qui les intéressent, non plus que les moutons du village voisin qui sont sans protection, mais les cervidés, toujours nombreux dans ce secteur, et qui constituent l’essentiel du régime alimentaire des loups de Belledonne.
Un chien, des biches, des loups, c’est un peu trop pour les blaireaux, qui ne se montrent plus avant l’aube. Ils continuent pourtant à jouer sur le perron du terrier les soirs suivants, mais restent plus prudents que jamais.
