Journal d’un biophile, août 2026

 

Affût au Grand Leyat

 

 

24 août 2026

À l’embusque derrière les filets de camouflage face à la tourbière du Leyat où l’on attend, où l’on n’espère rien d’autre que ce qui est déjà là, déjà donné, à portée d’œil, d’oreilles et de nez…

Une clameur de passereaux, mésanges huppées, mésanges noires et roitelets se mêle à la basse continue des insectes. Cet appel au loin, est-ce déjà une chouette ? On baigne dans une odeur de fougères, de vase et d’aiguilles. Un chevreuil à notre arrivée est passé brièvement. La buse, habituée du lieu, revient se percher à son poste de guet habituel et surveille la tourbière d’un air peu commode qui s’accorde bien avec son plumage sombre ; puis elle prend son envol, traverse la tourbière et va se percher en face — un événement que souligne le cliquetis de l’appareil.

Ces coups sourds sur la terre couverte d’aiguilles n’annoncent pas un cerf, mais une jeune fille qui promène son chien — lequel vient batifoler bruyamment dans une flaque d’eau.

Retour au calme. L’attente reprend sans la buse, qui attend quelque part, ailleurs où on ne la voit plus.

Pépiements imperceptibles. Bourdonnements des volants, stridulations des sautants, puis le babil poli-rythmique et polyphonique des passereaux reprend.

L’interminable cri d’alarme du casse-noix, est-ce seulement pour signaler aux habitants les plus distraits de la forêt que la lumière baisse et que le soir est sur nous, ou bien, quoi, une harde de cerfs poursuivis par une meute de loups ?

Silence. Rien ne vient, rien ne se montre, hormis le soir et les insectes.

Le casse-noix, sans doute parce qu’on l’a finalement repéré là-haut, juché sur la pointe nue d’un épicéa, se tait enfin et sans façons se casse. Le silence s’assombrit.

20 heures. Ce crépitement, non, vraiment ? On ne l’avait pas invitée, elle était moins prévue et cette fois bien moins attendue que le cerf, mais elle est bel et bien venue à l’affût de ce soir, la pluie ! Une toute petite pluie de passage seulement pour rehausser le parfum de la terre à mesure que s’obscurcit la vue.

Sur le fil tendu du filet, trois moucherons jouent les funambules. Capturer leurs silhouettes avec l’appareil qui, braquée sur le spectaculaire, s’obstine à faire la mise au point sur le grand cirque au loin où le cerf peut surgir, occupe cinq bonnes minutes.

Le crépuscule tarde, tarde, s’étire. Le casse-noix qui s’était posé sur une autre cime plus proche, offrant sur fond de ciel tourmenté une image de fin du monde, bruyamment traverse et vient se poser au-dessus de l’affût avant de repartir et…

Crépuscule plus sombre, qui ternit encore non pas de seconde en seconde mais de minute en minute, lentement, et c’est maintenant l’heure des insectes, des bourdonnants, des stridulants, l’espace leur appartient.

On repart sans avoir vu le cerf, si peu de choses, tant de choses. Un appel retentit dans le noir : c’est la chouette chevêchette, qui gîte donc dans ces parages où l’on se dit qu’il faudra revenir…

 

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