Vie de famille

Terrier de la Persévérance, 11 août 2026
Est-ce la vie de famille qui pousse les blaireaux de l’été à une sédentarité inhabituelle pour l’espèce en cette saison ? Je constate en effet que le quatuor de la Persévérance, contrairement aux trois autres groupes que j’observe, ne quitte plus du tout le terrier et respecte des horaires dont la régularité me comble.
Le scénario est à peu près toujours le même. Un peu après 20 heures, les deux blaireautins Ratel et Vessel s’empressent de quitter la gueule principale, presque aussitôt rejoints par Pennelle. Tous trois s’entassent sur la cuvette de toilettage et, donc, se toilettent, mais d’une façon qui mêle subtilement le catch et l’épouillage – la terre à cet endroit est battue et rebattue… Souvent ce sont les deux mâles (présumés) qui sont les plus virulents, la femelle (présumée) restant à l’écart de ces brutes. La voici d’ailleurs qui s’en va en direction du champ, laissant les deux autres aux joies d’un pugilat paisible entrecoupé de moments calmes. Une fois de plus, il n’est pas possible de déterminer dans le jeu une hiérarchie quelconque, encore moins que, l’an passé, entre Courage et Prudence : les positions alternent, et tous deux finissent de toute façon par rouler à l’intérieur de la gueule comme boules de billards emportées dans la poche… Puis ils disparaissent à leur tour en direction du champ.
Les retours s’échelonnent en fin de nuit, vers quatre ou cinq heures – en l’occurrence, voici la blairelle Cannelle qui rentre seule et en profite pour faire un brin de ménage. Côté champ, la caméra saisit le passage d’une martre, qui fait mine de pénétrer dans le terrier. Puis deux furies déboulent en se poursuivant dans la poussière, en même temps que Pennelle qui s’installe sur le dos dans sa position favorite. Voici le quatuor réuni. Les deux blaireautins chahutent si fort que la blaireautine va, comme toujours, rejoindre sa maman. Il se produit alors, à plusieurs reprises, une scène que je n’avais encore jamais observée de cette façon : les deux mâles se mettent à jouer à saute-blaireaux, c’est-à-dire que, tout en se poursuivant d’un côté à l’autre de l’étroit terre-plein façonné par leurs travaux, ils sautent par-dessus Cannelle et Pennelle, en se servant d’elles comme de cet agrès qu’en gymnastique on appelle, si mon souvenir est bon, un cheval, mais d’une façon qui évoque d’avantage les jeux de collégiens livrés à eux-mêmes en l’absence du prof, le but de l’exercice apparaissant davantage orienté par l’envie d’aplatir que par l’envie de franchir le support-obstacle des agrès vivants qui protestent mollement…
Les garçons continuent à chahuter au fond pendant que les blairelles se toilettent, puis les voici qui reviennent et le reste de la scène se perd dans la confusion et la poussière. Est-ce vraiment Pennelle, la blaireautine, qui marque ainsi Cannelle avant de se hisser sur ses pattes arrières contre un tronc – pendant qu’au premier plan les deux autres continuent à rouler l’un sur l’autre ? L’attitude en tout cas est très belle : joue collée contre l’écorce, pattes comme deux pieds. Ratel et Vessel reviennent, et l’un des deux – les distinguer est impossible – effectue cette fois par-dessus sa sœur un vrai saut, laissant les trois autres et moi-même pantois…
