Journal d’un biophile, août 2026

 

Le retour du chat forestier

 

 

30 août 2026

Les caméras des terriers du Commencement et du Renouveau ne filmant plus grand monde, ces temps-ci (quelques martres, un écureuil qui monopolise la caméra et m’offre de quoi faire un mini-documentaire animalier sur la meilleure façon de cacher une noix verte, quelques renards et chevreuils…), je décide de récupérer l’une des caméras, qui n’a filmé qu’un seul passage de Courage il y a déjà plusieurs jours, pour la placer au Mont Dondon où j’espère obtenir enfin des images de chats forestiers. Dans le même ordre d’idées, je replace une caméra camouflée sur un site où les chamois abondent et où j’espère documenter la présence du chat et peut-être du lynx.

Je ramène donc machinalement la caméra, qui n’a capté que deux brèves séquences. L’une d’elles provoque, dès la première image, un choc émotionnel : pour la première fois ici depuis deux mois, le chat forestier est passé cette nuit ! Bien reconnaissable avec sa queue épaisse, annelée, qui s’achève par un pinceau noir, avec la bande noire bien marquée sur son échine et qui s’arrête avant la queue, le voici qui passe nonchalamment là où je passe toujours, s’arrête pour marquer, fait un brin de toilette, puis disparaît. Celui qu’on appelait naguère « sauvage » est probablement le plus farouche de tous les habitants de ce bois. Plus que jamais il me fascine, lui qu’on disait disparu des Alpes il n’y a pas si longtemps et qui vit là, tout près de nous, invisible.

Je monte au Mont Dondon relever l’autre caméra, dont les dernières images m’avaient si bien déçu que je n’en ai rien dit. Cette fois-ci, la farandole est fastueuse : de très nombreux passages de blaireaux, de martres, de biches et de grands cerfs ; des troupes parfois impressionnantes de sangliers, de laies et de marcassins — c’est un plaisir que de les voir fouiller la terre du groin et de les entendre grogner, affairés dans l’herbe comme de tout petits éléphants, dirait-on. Et puis, il y a encore le chat : trois passages exactement au même endroit, dont l’un en plein jour. C’est un mâle adulte, manifestement, qui se gratte et qui marque. Je note avec surprise qu’il effectue chaque fois le même parcours, la même piste que les autres animaux, lui que je pensais enclin à plus de liberté dans ses déplacements.

Quatre chats forestiers en un jour, ma biophilie bondit ! Je file relever la caméra placée vers le col de Champlaurent il y a quelques jours sur le passage des chamois, sans trop d’espoir… Chemin faisant, une colonne de grosses fourmis luisantes m’arrête. Sur le moment je ne songe ni à les identifier, ni à les photographier, ni à rien si ce n’est ces mots-là qui résonnent en boucle : la vie grouille, la vie reluit, la vie avance…

Arrivé au piège, cinq chamois surgissent, puis deux autres sur la falaise ; la caméra a enregistré une procession de chamois et, indistinct, reconnaissable seulement à son pinceau noir, un probable chat forestier encore…

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