Journal d’un biophile, août 2026

 

Dernier affût au Commencement

 

 

 6 août 2026

Le clocher sonne sept heures du soir. Après une longue journée de travail sur le livre dont j’ai repris la re-relecture intégrale (ce qui est un sacerdoce), me voici revenu un peu malgré moi, et en contradiction avec ce que je m’étais promis, à ce terrier du Commencement que j’ai bien du mal à quitter. Peut-être ai-je ressenti le besoin de m’assurer que tout cela avait bien eu lieu, que cette histoire, à force d’être lue et relue, ne s’était pas transformée en fiction, que Courage et moi-même existions bel et bien en dehors de ce livre…

J’hésite et j’attends.

J’hésite sur l’endroit où je vais me cacher, choisis de m’installer sur, puis dans, puis derrière le grand châtaignier abattu, qui m’offre à la fois un excellent poste de guet et un bon camouflage, au détriment de tout confort car je dois quasiment rester en équilibre sur un pied (ce qui n’est jamais bon lorsque l’affût se prolonge). Le soleil enfin charbonne, quelques moustiques fredonnent dans l’air moite la mélancolique mélodie de l’été finissant et le moindre de mes mouvements interrompt leur repas et relance la chanson.

Silence.

C’est l’affût le plus calme que j’aie jamais fait dans ce bois, c’est un affût d’été par temps caniculaire et, donc, sans oiseaux et même, ce qui est bien plus rare et plus plaisant, sans les hurlements des chiens du chenil d’en face – même les chants des moustiques mollissent…

Frisson des bouleaux, aboi d’un chevreuil, j’ai peur que Courage ne se réveille pas…

Soudain le voici (c’est toujours soudain) : museau rayé entre les troncs… Il s’avance, flaire partout le sol autour de la gueule 1, et ne s’attarde pas.

Une très longue attente, une brève apparition – après laquelle je m’en vais à mon tour, en me disant, comme chaque fois, que c’est peut-être la dernière.

 

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