Journal d’un biophile, août 2026

 

Le festin des argiopes

 

8 août 2026

Je n’ai plus revu la maigre argiope frelon qui avait tissé sa toile brouillonne dans le champ en dessous du Château d’Eau, et mes recherches alentour sont restées vaines. Ce n’est pas étonnant : il n’y a rien à manger dans les champs, où presque aucun insecte ne vole ni ne rampe ! Le jardin d’Élodie constitue en revanche une réserve de fleurs et de plantes encore vertes, et c’est ici que les argiopes se sont rassemblées.

Dire qu’elles se sont « rassemblées » est excessif : elles occupent chacune une plante distincte, à bonne distance des congénères, car ces araignées ne sont grégaires que pendant la courte période qui suit leur sortie du cocon. Elles sont beaucoup plus grosses que celle que j’avais d’abord trouvée (soit environ deux centimètres) et ont tissé de très belles toiles, dans lesquelles l’éclair de soie blanche du stabilimentum est bien visible (d’autres araignées, pour construire ce motif à la fonction mystérieuse, utilisent aussi des débris de cocon ou de proies).

En voici une occupée à consommer un syrphe noir et jaune que j’ai un instant pris pour une argiope mâle ; en voici une autre juchée sur un long papillon blanc qui semble déguisé en fantôme ; une troisième dans les lavandes attend une proie qui ne saurait tarder… Sous le soleil effarant je reste un assez long moment à les observer, à les photographier, puis rentre ruisselant.

 

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