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CÉRÉMONIE D’ÉTÉ 

 

 M05 

 

(Et bien sûr, deux ans plus tard, osant enfin relire et retaper ces notes je ne peux que constater que ce même titre de « Cérémonie d'été » sert maintenant à désigner ces sombres mélodies que je joue, seul dans ma cave, pour musicalement célébrer la mort de ma mère, et j'hésite à poursuivre, à relire, à réécrire ces histoires de vagues qui vont et viennent, de levers ou de couchers de soleil, de fleurs et d'île, qui ne me parlent plus que de si loin...)

 

 

1.

 

La vague aussi

est venue de loin

pour s’abattre là.

 

*

 

Martinets en vol :

des rochers

happés par la Grâce !

 

*

 

Fragments de pierres noires

projetés dans l’aube :

les martinets.

 

*

 

J’arrive à temps

pour l’office du soleil —

une cérémonie sans façons.

 

*

 

Un goéland

survole cela

avec un air satisfait.

 

*

 

Quel est le peintre

qui use ainsi du nuage

pour faire varier la lumière ?

 

*

 

Calligraphie du martinet

sitôt lue

sitôt perdue.

 

*

 

Que le martinet frôle sans distinction

le rocher et le scripteur

me comble d’aise.

 

*

 

Une bergeronnette

tend d’un bout à l’autre de l’aube

son fil ondulant.

 

 

2.

 

Adossé à la falaise

entre les clameurs d’oiseaux et

le fracas de la marée

on n’a d’autre choix que

l’envol et le vaste

on regarde vers le haut

vers le ciel, vers le large

on ne rêve pas d’une vie plus large

on lui cède la place

on fait derechef

place vaste

trouvant ainsi

une liberté paradoxale —

acculé

entre falaise et marée.

 

*

 

Les sternes non plus

ne se lassent du ressac

ne se lassent du rivage.

 

*

 

Pour pouvoir redire

que la joie demeure

offerte partout possible, rayonnante,

il fallait venir ici ?

— Oui monsieur.

 

*

 

Les crêtes s’éclairent d’une traînée verte

les martinets autour de la lune

font un carrousel et

tout danse.

 

*

 

Précisons,

affinons la sensation –

errer parmi les galets

en ramasser un

et tenter de respirer par ses pores –

nous sommes tous nés d’un volcan.

 

*

 

Ah ce parfum !

ce fracas !

cette dentelle blanche

jetée au ciel comme du riz

pour les noces océaniques !

 

*

 

La vague se referme

se rassemble

se contracte

se projette

éclabousse le carnet

offrant au scripteur

outre ces traces salées

un écho de la terreur joyeuse

de l’enfant mi paniqué mi exalté

par tant de puissance

par tant de beauté —

Ainsi aussi la parole

et la joie

en moi se rassemblent

se contractent

se projettent sur la page

puis refluent —

j'ai écrit ces lignes avec la marée montante

en cette première aube

du premier matin du monde

à Saõ Vicente

au nord de l’île de Madère.

 


29 juillet 2013